Thèse d’utilité publique réalisée par le Professeur et Coach Patrick Armand POGNON
Janvier 2026
Acquis scientifiques de la thèse
1. Contexte stratégique
Le panafricanisme constitue l’un des héritages intellectuels et politiques majeurs de l’histoire africaine contemporaine. Il a contribué de manière décisive à la reconquête de la dignité collective, à l’affirmation des souverainetés nationales et à la libération politique du continent. Toutefois, dans sa configuration contemporaine, il est de plus en plus perçu comme un registre discursif à faible rendement opérationnel, insuffisamment traduit en résultats tangibles en matière de développement économique, de stabilité institutionnelle, d’intégration régionale, d’emploi et d’amélioration durable des conditions de vie.
Cette perception alimente un désenchantement croissant, particulièrement au sein de la jeunesse africaine, et fragilise la crédibilité des institutions panafricaines. Dans un environnement international marqué par une compétition économique accrue, une recomposition géopolitique rapide, des pressions sécuritaires persistantes et des transitions technologiques accélérées, l’Afrique ne peut durablement s’en remettre à un panafricanisme de posture. Elle requiert un panafricanisme de résultat, structuré, pilotable, évalué et inscrit dans des dynamiques de continuité et de transmission.
2. Diagnostic issu de la recherche
Les travaux de recherche conduisent à quatre constats structurants.
Le premier constat établit que le panafricanisme n’est pas intrinsèquement inefficace. L’inefficacité apparaît lorsque la mobilisation symbolique n’est pas convertie en dispositifs institutionnels, économiques, sociaux, culturels, associatifs et éducatifs dotés d’objectifs explicites, de capacités d’exécution, de mécanismes de redevabilité et d’instruments d’évaluation.
Le deuxième constat confirme l’existence d’expériences panafricaines à résultats observables. Celles-ci se manifestent sous des formes diversifiées, incluant l’intégration régionale fonctionnelle, la gestion collective de crises, la mobilisation économique transnationale, la cohésion institutionnelle, le développement endogène, les politiques nationales à externalités panafricaines, la reconnexion diasporique et la diplomatie culturelle structurée. Ces expériences démontrent que des résultats émergent lorsque les valeurs panafricaines sont traduites en instruments d’action gouvernés, suivis et consolidés dans la durée.
Le troisième constat identifie le déficit central du panafricanisme contemporain. Il s’agit d’un déficit de traduction stratégique, de gouvernance, d’appropriation sociale, d’évaluation et de transmission. L’absence d’indicateurs partagés, de responsabilités clairement attribuées, d’acteurs intermédiaires structurés et de continuité éducative transforme l’idéal panafricain en une rhétorique instable, vulnérable aux récupérations idéologiques et aux radicalisations improductives.
Le quatrième constat, issu notamment des développements du chapitre 9, met en évidence un angle mort structurel. Même lorsque des résultats panafricains sont produits par des États ou des institutions régionales, leur durabilité demeure fragile en l’absence d’associations panafricaines transnationales capables d’assurer la continuité stratégique, la recherche appliquée, l’évaluation indépendante, le plaidoyer structuré et la pression institutionnelle sur les décideurs. Ce déficit révèle le rôle stratégique de ces acteurs intermédiaires comme infrastructures de long terme du panafricanisme de résultat.
3. Objectif stratégique central
L’objectif stratégique central de cette thèse est de transformer le panafricanisme, d’un registre identitaire principalement discursif, en une philosophie opérationnelle de résultats, capable de produire des impacts mesurables sur le développement économique, la stabilité institutionnelle et sécuritaire, l’intégration régionale, l’employabilité et l’entrepreneuriat des jeunes, ainsi que sur le rayonnement international durable de l’Afrique, tout en assurant la continuité et la transmission du projet panafricaniste au-delà des cycles politiques et générationnels.
4. Axes stratégiques prioritaires
Le premier axe porte sur l’institutionnalisation du panafricanisme de résultat. Il s’agit de clarifier les mandats des institutions panafricaines autour d’objectifs vérifiables, de renforcer la cohérence entre les niveaux continental, régional et national, de généraliser la redevabilité par des évaluations régulières et de conditionner une partie des programmes panafricains à des exigences de transparence, de performance et de continuité. L’enjeu est le passage d’un panafricanisme déclaratif à un panafricanisme gouverné.
Le deuxième axe vise la conversion du panafricanisme en levier économique concret. Il implique l’opérationnalisation effective des mécanismes d’intégration économique, la priorisation de chaînes de valeur à potentiel industriel et d’emploi, le soutien aux échanges intra-africains à forte valeur ajoutée et l’alignement des politiques industrielles nationales sur des objectifs régionaux et continentaux. L’enjeu consiste à transformer l’unité africaine en avantage économique compétitif et durable.
Le troisième axe concerne la jeunesse, l’emploi et l’innovation. Il s’agit d’inscrire la logique de résultats dans l’éducation civique panafricaine, la formation professionnelle, l’entrepreneuriat et les compétences numériques, tout en déployant des programmes structurés de mobilité, d’incubation, de certification et d’insertion. L’enjeu est de faire du panafricanisme une réponse socialement crédible et institutionnellement démontrable aux attentes des jeunes générations.
Le quatrième axe porte sur la structuration d’associations panafricaines de recherche, de plaidoyer et de pression institutionnelle. Ces organisations ont pour mission de produire des connaissances appliquées, de suivre et d’évaluer les politiques panafricaines, de documenter les résultats, d’exercer un lobbying structuré auprès des décideurs publics et de maintenir une pression stratégique en faveur de la poursuite des idéaux panafricains sous forme de victoires concrètes et cumulatives. Ce corridor associatif constitue une infrastructure critique de durabilité du panafricanisme de résultat.
Le cinquième axe vise l’intégration de l’enseignement du panafricanisme dans les systèmes éducatifs formels et non formels. Il s’agit de transmettre une lecture pragmatique, stratégique et orientée vers l’action du panafricanisme, afin de former des panafricanistes capables de produire, d’évaluer et de consolider des résultats. L’enjeu est d’inscrire le panafricanisme dans une logique de transmission intergénérationnelle et de préparation de leaders et de citoyens opérationnels
5. Conditions de réussite
La réussite de cette stratégie requiert une volonté politique assumée, un leadership orienté vers la responsabilité, une appropriation citoyenne réelle, des capacités d’exécution suffisantes, des associations panafricaines structurées et professionnalisées, ainsi qu’une continuité stratégique au-delà des alternances politiques nationales.
6. Risques à anticiper
Les résistances institutionnelles liées aux souverainetés nationales, la récupération idéologique du discours de résultats, l’insuffisance de financement durable, la fragmentation du tissu associatif et la déconnexion entre décideurs et réalités sociales constituent des risques majeurs. Ils doivent être anticipés et traités par une gouvernance inclusive, des mécanismes de redevabilité robustes, une évaluation indépendante et une communication transparente fondée sur des preuves.
7. Message final
Le panafricanisme n’a pas besoin d’être réinventé dans ses valeurs. Il doit être réaligné dans ses modalités d’action, de gouvernance et de transmission. Le panafricanisme de résultat ne renonce ni à l’histoire, ni à la dignité, ni à l’unité. Il leur donne une traduction concrète, mesurable, durable et transmissible, portée conjointement par les États, les institutions, les acteurs économiques, les associations panafricaines, les systèmes éducatifs et les citoyens du continent et de sa diaspora.
